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L’impermanence des choses

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L’impermanence de toute chose

Cette période de reconfinement paraît propice pour aborder une notion que l’on retrouve tout au long des enseignements du Bouddha : l’impermanence de toute chose.

Deux jours avant l’annonce du reconfinement, je discutais avec un collègue qui me parlait des dernières restrictions liées au Covid et concluait en disant : «C’est impossible que l’on soit reconfiné». Deux jours plus tard, le président annonçait pourtant une telle mesure.

 

Je trouve que cette anecdote illustre bien notre rapport à l’existence : cette capacité que nous avons à nier l’évidence lorsqu’elle ne convient pas à ce que nous souhaitons. Il s’agit ici du confinement, mais nous agissons quotidiennement comme si nous et nos proches étions immortels, comme si les relations et choses sur lesquelles nous fondions nos existences n’allaient jamais se transformer…

Avant cette année 2020, qui aurait imaginé devoir un jour porter un masque pour sortir de chez lui.elle, qui aurait pu concevoir l’existence d’attestation pour justifier ses déplacements ? Et pourtant nous y sommes.

Cette année, l’opportunité nous est ainsi donnée de faire pleinement l’expérience, à grande échelle, de cette vérité qui a toujours existé : le fait que les choses changent d’instant en instant, que rien ne dure et que fondamentalement, rien n’est sous notre contrôle.

 

Rien n’est sous notre contrôle

Rien, absolument rien ne dure. Tout ce que nous aimons, tout ce à quoi nous nous attachons, nous allons inévitablement le perdre un jour. Dans l’Upajjhatthana Sutta, le Bouddha énonce cinq faits que tout un chacun devrait avoir souvent en conscience. L’un de ceux-ci est le suivant :

«Tout ce qui m’est cher et tout ceux.celles que j’aime sont soumis au changement. Je serai un jour séparé d’eux.elles.»

Pendant longtemps, j’ai compris l’impermanence uniquement en terme de pertes à venir : une liste de tous les êtres et les choses qui m’étaient chers et qui allaient finalement mourir ou me quitter pour suivre leur propre route. En d’autres mots, une chose douloureuse et désagréable.

Aujourd’hui, j’en perçois également la profondeur et la beauté.

 

C’est l’impermanence et le fait que les choses changent et évoluent qui permettent aux belles avancées d’advenir. De plus en plus de municipalités utilisent par exemple l’écriture inclusive dans leur communication officielle, ce qui est pour moi une source de joie. Il y a quelques années encore, cela paraissait inconcevable. C’est l’impermanence qui nous permet d’apprendre, d’évoluer, de devenir de meilleurs êtres humains. C’est parce que les choses changent que la croissance de tout un chacun est possible.

Vivre en harmonie avec la notion d’impermanence, ce n’est pas se condamner au désespoir et à la dépression. Vivre en harmonie avec la notion d’impermanence, c’est se rappeler quotidiennement le miracle et la beauté de cette vie qui nous est offerte. Personne ne connaît sa propre date de péremption ou celle de ses proches. L’invitation est donc de savourer pleinement toutes les bénédictions de l’existence tant que cela nous est encore possible.

 

Mon père me racontait que lorsqu’il était enfant, à chaque fois qu’il quittait le domicile, ses parents lui demandaient de les embrasser comme si c’était la dernière fois qu’il les voyait. Je trouve ce rituel très beau, une habitude qui ancre pleinement la notion d’impermanence dans la vie quotidienne. Parce que qui sait ce qui nous attend la prochaine seconde ? C’est un très bel antidote contre les regrets et les «Si j’avais su…».

«Si j’avais su»… Mais nous ne savons jamais en avance, alors cultivons l’habitude de traiter autrui avec douceur et attention, pour n’avoir aucun regret.

Pas de temps à perdre

Au-delà de cette histoire, c’est ma relation à mon père qui m’a le mieux enseigné la notion d’impermanence. J’ai commencé la méditation à dix-neuf ans car j’étais terrifiée à l’idée de le perdre prochainement, celui-ci ayant déjà quatre-vingt ans. Je croyais que j’arriverais à ne plus ressentir les émotions douloureuses grâce à cette pratique. J’avais également la conviction que je ne pourrais jamais vivre sans mon père.

Et puis la Vie et l’Impermanence m’ont transformée lentement. Différentes étapes de vie et des lectures, comme le très bel ouvrage de Marie de Hennezel La mort intime. Des années de méditation et la beauté de la thérapie aussi. Jusqu’au dernier mois et demi de mon père, en soins intensifs, il y a trois ans. La joie que j’ai éprouvée, au milieu de ce chaos, en constatant que les graines de présence, plantées et arrosées au cours de mes retraites et de ma pratique quotidienne, portaient leurs fruits. Qu’elles me permettaient de rester en conscience, autant que possible, pour prendre les décisions les plus justes pour mon père, dans ses derniers instants. Qu’elles me rappelaient de dire merci au milieu de cet effondrement, merci à mon père avant qu’il ne s’éteigne, et aux soignants pour la qualité et la grâce de leur accompagnement.

C’est parce que les choses sont impermanentes que morceau par morceau, j’ai pu me remettre sur pied. Que la profonde détresse a laissé progressivement place à la joie. Perdre un de ses parents crée une déchirure très profonde : une partie de moi est indéniablement morte avec lui ce jour-là. J’ai perdu mon identité en perdant mon père, j’ai perdu mes racines et pendant un long temps la seule chose que j’ai pu faire a été justement la liste de tout ce qui m’avait échappé en même temps que lui. Ensuite, comme toujours, les choses ont progressivement changé. Ma thérapie, ma pratique spirituelle, l’amour des gens qui m’entourent m’ont permis de faire évoluer mon regard. J’ai perçu que ce grand espace laissé vide pouvait être rempli par des choses belles et qui faisaient sens pour moi. Des attentions qui me rappelaient la beauté de l’existence comme des temps de qualité consacré aux gens que j’aime pour approfondir nos liens ou une place centrale laissée à la méditation.

C’est l’impermanence qui me permet de dire aujourd’hui, une fois revenue du chaos de la perte et de l’éparpillement de moi qu’elle a généré, que la mort de mon père a été un terrible déchirement mais aussi un très beau cadeau. Parce qu’il n’y avait pas de plus grande perte possible à mes yeux, l’état dans lequel sa disparition m’a laissé a été un terrain favorable à une reconstruction profonde et bénéfique de moi-même. Cet ébranlement jusqu’au coeur même de mon identité m’a permis de me reconstruire plus alignée avec mes valeurs profondes et de mettre les choses essentielles au premier plan. Parce qu’en fait, il n’y a pas de temps à perdre. Jamais.

 

Nous avons répandu les cendres de mon père trois ans plus tard, en septembre dernier. Parce que les choses changent et sont imprévisibles, ce moment n’a pas été douloureux comme je le craignais. Au contraire, je n’ai pas ressenti de chagrin, juste une immense gratitude, un amour profond et le sentiment d’une connexion sous une forme différente avec mon père. Cette nouvelle étape m’a offert également un très beau moment de pratique, une méditation profonde en regardant la beauté des cendres claires sur la terre sombre : un rappel de la manière dont nous allons tous finir.

Alors, il n’y a pas de temps à perdre pour se réjouir et célébrer la vie.

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Rien n’est permanent

Que le reconfinement nous frustre ou nous enchante, il est une très belle invitation à se rappeler de ce qui a toujours été là : la notion d’impermanence, le fait que les choses changent d’instant en instant et qu’elles sont imprévisibles, quels que soient nos efforts pour les maîtriser. Rien de ce que je souhaite, rien de ce que je prévois n’est certain. Dès lors, faire reposer son bonheur sur des conditions extérieures est se condamner à la souffrance : si j’ai besoin de telle personne ou telle chose pour être heureuse, alors je vais forcément souffrir parce que je ne les obtiendrai pas ou que je finirai par les perdre une fois gagnées. Si au contraire, je cultive la paix, le contentement, la gratitude et un émerveillement face à l’existence, alors je pourrai danser avec les événements, quels qu’ils soient. Parce que tout le monde aura son lot de joies et de désespoirs dans cette existence.

 

Une très belle anecdote sur la vie de Kafka m’a été racontée dernièrement. Vers la fin de sa vie, celui-ci a rencontré dans un parc une petite fille effondrée d’avoir perdu sa poupée. Après l’avoir aidée en vain à chercher celle-ci, Kafka lui a donné rendez-vous au même endroit le lendemain. Ce jour -là, il est arrivé avec une lettre. Celle-ci était écrite de la main de la poupée, expliquant à la fillette qu’elle était partie en voyage et qu’elle lui raconterait toutes ses aventures. Devant la joie de l’enfant, Kafka a continué à lui apporter régulièrement des nouvelles de son jouet.

Lorsque Kafka a finalement été trop malade pour continuer la correspondance, il a apporté une nouvelle poupée et une lettre à la fillette. Dans celle-ci, la poupée expliquait que le voyage l’avait profondément transformée et que sans doute l’enfant ne la reconnaitrait pas !

Bien des années plus tard, la fillette devenue femme a trouvé à l’intérieur de la poupée abimée par les années une note écrite par Kafka. Sur celle-ci on pouvait lire : «Tout ce que tu aimes, tu finiras par le perdre. Mais l’amour reviendra finalement d’une autre manière».

 

Tout ce que vous aimez, vous finirez par le perdre. Mais l’amour reviendra toujours, d’une manière ou d’une autre.

Clara Chaurand

 

Posté le 16 novembre 2020
Un commentaire
  1. Chère Clara,
    Merci pour ce très joli texte, tout en sensibilité et en générosité. Continue à écrire, STP !
    Lorsque tu écris que nous allons tous finir poussière, oui, de fait, mais pour moi comme pour tant d’autres personnes, la mort n’est qu’un passage, un changement d’état. Nous « naissons au ciel », disent les chrétiens orthodoxes. Je le sais profondément et tant de témoignages vont en ce sens (gens ayant vécu des EMI/NDE). Ainsi, l’impermanence du chronos s’articule avec un temps hors du temps, une atemporalité, le temps de l’Invisible partout présent qui entre dans nos vies par le kairos.
    Bien affectueusement vers toi

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